Cet été encore, la communauté de surf s’est agrandie à Montréal et les spots de surf ont captivé l’attention d’un nouveau nombre record de surfeurs. Qui l’aurait cru il y a seulement 20 ans?

Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir des surfeurs venant de partout sur la planète essayer les fameuses vagues éternelles de Montréal. La page Facebook de OuiSurf a dépassé les 50 000 adeptes depuis longtemps, on n’est plus surpris de voir passer une voiture dont le toit déborde de planches de surf, même mononc’ et matante savent qu’on peut surfer sur le Saint-Laurent. La pub principale de la campagne estivale de Tourisme Montréal expose la vague d’Habitat 67 et une nouvelle tendance démontre la popularité du sport: plusieurs enfants commencent à surfer dans le Fleuve. Ils constituent les surfeurs de demain.

Cependant, malgré la croissance fulgurante du surf et son apport bénéfique à Montréal, il est rare d’entendre parler de nouvelles vagues fluviales. Pourtant, le focus de notre ville en terme d’accès à l’eau devrait comprendre le surf comme loisir, comme sport et comme attrait. Que ce sport continue à gagner en popularité dans notre ville soulève donc quelques questions.

Est-ce qu’on saisit vraiment l’ampleur de ce qu’on est en train de créer?

Comment pouvons-nous utiliser le surf pour créer une autre vitrine unique de Montréal?

À quoi ressembleront les prochains 20 ans?

Qu’attendons-nous pour créer plus de vagues?

Il n’y a pas à dire, personne ne l’aurait cru il y a 20 ans, sauf une poignée de personnes qui saisissaient le potentiel du Fleuve Saint-Laurent. Ils ont rêvé, se sont aventurés et ont tracé une voie que plusieurs empruntent aujourd’hui. La situation d’aujourd’hui présente un sport populaire, sympathique, mais saturé. Pour les non-initiés: c’est comme si on était en train de skier seulement deux montagnes autours de Montréal, mais qu’on niait l’existence de d’autres dénivelés intéressants. Évidemment, il faudrait défricher, poser des téléphériques, etc., mais ça en vaudrait la peine, non?

La situation actuelle du surf à Montréal, c’est exactement ça. On s’amuse pas mal dans nos deux vagues éternelles, mais on ne fait rien pour en créer des nouvelles – et ce n’est pas le potentiel qui manque. On jase, mais si une de ces deux vagues devenait impraticable, l’impact serait catastrophique sur la communauté de surf montréalaise et sur la petite industrie qui s’est créée ici.

Avec la construction du nouveau pont Samuel de Champlain et la démolition de l’ancien Pont Champlain, on assiste en direct à un grand changement dans le paysage montréalais. Nous nous sommes fait promettre un pont unique au monde, digne des plus grands, une signature sur le Saint-Laurent. Le Pont est beau et utile, certes, mais imaginons un peu la notoriété qu’il gagnerait si on pouvait y surfer en-dessous. Là, on aurait quelque chose d’unique au monde!

La Vague à Guy, populaire beau temps, mauvais temps. Photo © François Haché

L’idée est digne d’un beau rêve. Ceci étant dit, elle n’est pas infaisable, ni fantaisiste. On devrait même la considérer comme étant réaliste, voir nécessaire. Le monde n’a pas besoin de plus surfeurs qui voyagent en avion pour aller surfer quelques vagues à l’autre bout de la planète. Nous n’avons pas besoin non plus de bateaux de wakesurf qui créent des vagues parfaites, mais dont l’effet sur les berges est catastrophique. Le surf en soi n’est pas une activité très dommageable pour l’environnement, c’est la quête de vagues qui l’est. C’est surtout vrai pour nous, les Montréalais qui sommes contraints à plusieurs heures de voiture ou d’avion pour surfer des vagues en océan.

Avec des nouvelles vagues sur le Fleuve, on commencerait à penser à l’avenir d’une façon réaliste. On parlerait d’une activité qui ne produit aucun effet sur la faune et la flore, en plus de ne consommer aucune énergie artificielle. La croissance en popularité du sport amènerait une prise de conscience sur notre or bleu québécois, en plus de nous montrer qu’on peut l’exploiter d’une manière durable. Finalement, on aurait une réelle alternative au voyage ou à l’achat d’un bateau de surf. Ça, c’est de la belle utilisation de nos ressources. On pourrait difficilement trouver une activité qui est aussi respectueuse de l’environnement pour l’adrénaline qu’elle procure.

Autour de Montréal, certains entrepreneurs ont déjà créé quelques vagues artificielles qui connaissent un succès intéressant. Oasis Surf nous a tous montré que le projet DIX30 a une ambition beaucoup plus grande qu’un simple centre commercial et le Centropolis vit la même chose avec Maeva Surf. Un ambitieux projet de vague artificielle extérieure est même en train de naître dans les Laurentides, mais personne n’a encore créé sur le Fleuve Saint-Laurent.

Comme le Fleuve fait partie de l’espace public et que plusieurs paliers de gouvernement touchent à sa gestion, il est en effet difficile de s’imaginer qu’une initiative privée vienne créer des vagues surfables pour le bien commun de tous. Écartons donc la possibilité d’avoir un parc à vagues privé et concentrons-nous sur une initiative publique. Ne serait-ce pas une belle démonstration que Montréal, le Québec et le Canada peuvent livrer des projets dits visionnaires?

La petite ville de Boise (700 000 d’habitants), en Idaho, n’a pas attendu pour se doter d’un parc d’eau vive qui a aussitôt connu un immense succès. Une caméra en temps réel montre d’ailleurs qu’il y a des utilisateurs en permanence. Ils en sont déjà à planifier la phase II du projet.

Un surfeur glisse sur la vague ajustable du parc de Boise. Photo: Crashphoto sur riverbreak.com

Une autre belle initiative a été prise par la ville de Bend (95 000 habitants), au Colorado, en partenariat avec la compagnie canadienne Surf Anywhere. Le Bend Whitewater Park comprend trois sections majeures; une section de descente en tube, une section pour les surfeurs/kayakistes expérimentés et une section interdite au public pour les oiseaux migrateurs, entre autres. Encore une fois, une caméra en temps réel montre le succès de la place.

Montréal, il est grand temps qu’on commence à parler surf. Oui, le sport est déjà implanté et se porte plus que bien, mais il est temps de penser de façon visionnaire, entrepreneuriale et durable. Le potentiel de la rivière est réel, mais il restera inexploité tant et aussi longtemps qu’aucune action concrète ne sera posée.

Prenons le temps de faire les choses comme il le faut, mais ne laissons pas couler cette opportunité importante pour une ville qui se veut novatrice, unique et écoresponsable. Dans 20 ans, avec un peu de recul, nous réaliserons que c’était une maudite bonne idée que de vouloir surfer en ville.